jeudi 17 novembre 2011

Au revoir Tunisie et bon succès



Il s’agit du dernier article du blogue Élections Tunisie. Non pas qu’il manque de sujets d’intérêt public à débattre ou d’enjeux politiques à discuter, au contraire, mais l’objectif initial était de couvrir les activités entourant la première élection libre du pays, et c’est maintenant chose faite.

La plupart des étapes en vue de débuter les travaux de l’Assemblée Constituante ont été franchies. Les recours en contestation sont terminés, les négociations entre les plus grands partis (Ennahda, Congrès pour le République et Ettakatol) pour la formation du Gouvernement suivent leur cours (malgré le retrait temporaire d’Ettakatol) et la date de la première journée de l’Assemblée Constituante a été fixée au 22 novembre.

De plus, le lieu où siègeront les élus a été choisi et entériné à l’unanimité par les huit partis ayant amassé le plus de votes à l’élection. Ainsi, l’Assemblée Constituante aura dorénavant pignon sur rue à l’ancien siège de la Chambre des députés du Bardo.

Impressions personnelles sur la Tunisie

Commençons par le positif. La Tunisie est un pays magnifique qui possède des ruines, des plages, des côtes, des collines, un désert, des petits villages, des bassins d’eau et des paysages qui sont d’une beauté à couper le souffle. La capitale, Tunis, a très peu à envier aux plus grandes villes du monde et la célèbre avenue Bourguiba regorge de jolis cafés et de restaurants où il fait bon se retrouver entre amis.

La cuisine tunisienne est par ailleurs une des choses qui m’a particulièrement plu pendant mon séjour. Peu importe l’endroit d’où vous venez et quelles que soient vos habitudes alimentaires, il est presque impossible de ne pas apprécier les mets traditionnels du pays. En bon carnivore, j’ai adoré tous les plats et sandwichs concoctés avec de la viande – du poulet jusqu’à la chawarma, en passant par l’incontournable « plat escalope ».

Le délicieux couscous tunisien.
Mais mon coup de cœur culinaire reste LE fameux couscous ! Avec du poisson, du poulet ou des merguez, peu importe, je n’en ai jamais mangé qui soit aussi bon. Ce pur délice sera certainement le dernier plat que je m’offrirai avant de quitter le pays dans quelques jours.

La gastronomie m’a réjoui, mais l’image que je conserverai de la Tunisie, c’est surtout celle de ses citoyens. En effet, rarement ai-je vu des gens aussi gentils, accueillants et toujours prêts à vous aider. Comme on dit chez moi, « c’est du maudit bon monde ».

La politique

Côté politique, la transition démocratique qui s’opère depuis la chute du régime en janvier 2011 est aussi remarquable qu’impressionnante. En moins de 10 mois, la Tunisie est parvenue à se débarrasser d’une dictature et à réaliser avec succès des élections libres et transparentes qui se comparent à celles des grandes démocraties du monde.

Ajoutez à cela le fait que le processus fut chapeauté par une organisation indépendante (la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la Révolution) qui n’a pas hésité à prendre des décisions courageuses telles que l’exclusion des partis religieux extrémistes et la parité des sexes en alternance sur les listes électorales, pour ne nommer que celles-là.

Qu’en est-il du futur politique de la Tunisie ? Difficile de se faire une idée claire pour l’instant. Tout dépendra du succès de l’Assemblée Constituante et des prochaines élections qui auront lieu dans un an. Jusqu’à maintenant, les partis semblent vouloir collaborer ensemble. Reste à voir si cela durera tout au long des négociations concernant la constitution, et surtout lorsque les discussions porteront sur des aspects où les partis ont des divergences d’opinion (ex : système législatif – présidentiel ou parlementaire).

On peut toutefois se risquer à faire quelques extrapolations. Si un système parlementaire à chambre unique est instauré, les islamistes risquent de gouverner pratiquement seuls dans les prochaines années. À l’opposé, si le système présidentiel est retenu, on devrait assister à un partage plus équitable du pouvoir entre progressistes et islamistes. Plus de détails à ce sujet dans cet article.

Déceptions

Allons-y avec le négatif maintenant. J’ai été déçu par deux groupes : les islamistes et les progressistes (dans lequel je regroupe les partis politiques et les candidats indépendants).

Par leur entêtement à nier la réalité, les progressistes ont offert à Ennahda l’élection sur un plateau d’argent. Plutôt que d’envisager de se rallier, ils ont choisi de se présenter sous des centaines de bannières différentes.

Pendant qu’ils argumentaient entre eux alors qu’ils avaient souvent des programmes quasi identiques, les islamistes eux faisaient front commun et parvenaient à s’approprier la majorité du vote religieux pour terminer loin devant ses adversaires en récoltant 41% des sièges avec 37% des suffrages. J’ai déjà soulevé ce sujet dans l’article suivant. Ironie du sort, les progressistes se sont divisé plus de 50% du vote.

Les islamistes

En ce qui a trait aux islamistes, mon opinion a changé récemment. En débutant ce blogue, je tenais à rester objectif. C’est pourquoi j’ai pris la décision de mettre de côté  les préjugés dont ils font l’objet et j’ai préféré, comme il sied en démocratie, leur donner le bénéfice du doute. Il m’apparaissait logique de laisser la chance au coureur. Après tout, le programme d’Ennahda semblait reposer sur une vision moderne et ouverte de l’Islam et leurs idées ne semblaient pas non plus restreindre les droits de quiconque.

Le chef du parti islamique 
Ennahda, Rached
Ghannouchi.
À tout évènement, le parti islamiste était alors accusé – surtout par les médias français – de tenir un double discours. D’autres les ont carrément traité d’extrémistes et parfois même de criminels avec preuves à l’appui. C’est le cas de la Section du statut du Canada, tel que le révèle un jugement de la Cour d’appel fédérale canadienne en 2003, Zrig c. Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration.

On y relève notamment que la Section du statut canadien a qualifié Ennahda de « branche armée qui utilise des méthodes terroristes » et qui aurait été impliqué dans « des assassinats et des attentats à la bombe ».

À propos du chef Rached Ghannouchi, on y affirme qu’il « est considéré par certaines sources comme étant l'un des maîtres à penser du terrorisme » et également qu’il « a fait un appel à la violence contre les États-Unis et a menacé de détruire leurs intérêts dans le monde arabe. En outre, il a demandé la destruction de l'État d'Israël. »

Et c’est sans compter les allégations qui pèsent contre le Secrétaire général du parti, Hamadi Jebali, soupçonné d’avoir participé aux attentats terroristes du 2 août 1987 où quatre explosions survenues au même moment dans des hôtels de Sousse et de Monastir faisaient 13 blessés.

Faisant fi de tous ces éléments, je me suis concentré uniquement sur les actions et les paroles du parti islamiste, le qualifiant même de « modéré » dans certains de mes articles. Les gens d’Ennahda ont demandé fréquemment à leurs détracteurs « d’attendre de voir comment ils agiront avant de les critiquer ».

C’est ce que j’ai fait et j’ai l’impression aujourd’hui d’avoir été roulé dans la farine. J’en suis malheureusement venu à la conclusion que le parti tient effectivement un double discours et que ses dirigeants cachent à la population plusieurs des idées auxquelles ils adhèrent.

Les récentes déclarations de Souad Abderrahim, la députée la plus en vue d’Ennahda dont on vante le « modernisme », jumelé au silence complice des dirigeants du parti m’ont laissé vraiment perplexe. Affirmer entre autres « que les mères célibataires n’ont pas le droit d’exister » et qu’il n’y a pas de place « pour une liberté totale et intégrale en Tunisie » ne correspond pas tout à fait, à mon avis, à une vision modérée. De plus, elle avait également déclaré quelques jours auparavant qu’Ennahda « ne compte pas fermer les boîtes de nuit, mais par contre ancrera les bonnes mœurs. »

Ce qui m’a le plus étonné n’est pas nécessairement les déclarations de Mme Abderrahim, mais plutôt l’absence d’indignation d’une grande partie de la population. À preuve, plusieurs journaux n’ont pas jugé la nouvelle suffisamment intéressante pour la publier et mis à part la réaction outrée des jeunes sur les réseaux sociaux, on ne sentait pas vraiment l’acrimonie que ces propos auraient normalement dû soulever.

Souad Abderrahim, la députée controversée
d'Ennahda.
Peut-être est-ce le signe que de nombreux Tunisiens partagent au fond d’eux-mêmes l’opinion de la députée ? C’est ce que croit Lofti Achour, producteur de cinéma connu, dans un texte qu’il signe sur sa page Facebook. Un article fascinant qui vaut vraiment la peine d’être lu.

La théorie de ce dernier, à l’effet que plusieurs personnes appuient secrètement Ennahda mais n’oseraient pas l’avouer publiquement, pourraient fort bien expliquer les résultats du parti islamique aux dernières élections. Car il faut avoir le courage de regarder la vérité en face, ce ne sont pas seulement les régions pauvres du pays qui ont voté massivement pour eux. Dans les circonscriptions de la diaspora et à Tunis, leurs scores ont été tout aussi élevés.

Quoiqu’on en dise et malgré que la situation soit bien plus saine que dans tout autre pays arabe, il reste encore des pas à franchir pour que les mentalités évoluent – à l’égard des droits des femmes et surtout des homosexuels, sujet qui reste encore extrêmement tabou en Tunisie.

Les bons coups

Mes plus belles expériences ont été sans contredit mes rencontres avec les blogueurs. Azyz Amami ainsi qu'Adib Samoud et Sanda Salakta de Regards Vigilants m’ont littéralement fasciné. Ils sont très jeunes et ils ont déjà vécu des expériences que plusieurs ne vivront jamais, voire ne peuvent même pas imaginer.

J’ai eu la chance également de rencontrer des politiciens promis à un bel avenir. Wajdi Elleuch, détenteur d’un doctorat en ingénierie de l’Université de Sherbrooke et membre actif au sein du parti Afek Tounes, fait partie de ce groupe. Il m’a permis de suivre pendant une journée la campagne électorale d’un candidat tête de liste, Chokri Yaich, dans un quartier défavorisé.

Une journée dans la campagne électorale d'Afek Tounes
dans Sfax 2. Sur la photo, le tête de liste Chokri Yaich
improvise un discours aux abords d'une rue.
Ce fut très enrichissant et j’ai pu constater de visu les grandes différences qui existent entre les régions et les villes mieux nanties du nord du pays. Mentionnons par ailleurs que M. Yaich a été élu. Il sera donc un des quatre représentants d’Afek Tounes à l’Assemblée Constituante.

Il y a aussi Mabrouka M’barek du CPR avec qui j’ai fait une entrevue qui a été élu dans la circonscription des Amériques et du reste de l’Europe.

J’ai également eu la chance de rencontrer le maire de Sidi Bou Saïd et membre du PDM, Raouf Daklahoui, pour qui la langue de bois est un concept inexistant, de même que trois jeunes politiciennes d’Ettakatol, Wafa Madder, Omezzine Khelifa et Arabiya Kousri qui tôt ou tard auront leur place au Parlement de la Tunisie.

Je m’en voudrais d’oublier les gens du journal internet Tunisia-live.net, la meilleure source d’information au pays. Cette jeune équipe de journalistes contribue d’une façon exceptionnelle au développement et à l’augmentation de la visibilité de la Tunisie à l’échelle internationale.

Dans un registre complètement différent, voici une courte chanson humoristique à propos de l’élection qui a fait sensation sur les réseaux sociaux en Tunisie :



Remerciements et plogue personnelle

La publication de ce blogue a requis la collaboration de plusieurs personnes que je tiens à remercier. Tout d’abord, les gens du Prince Arthur Herald et Marc-Olivier Fortin qui ont publié les articles sur leur plateforme.

Ensuite, Carole Gagné, une femme remplie de talent pour qui la correction de textes n’a pas de secret. En plus de tous les atouts qu’elle possède, c’est un bourreau de travail. Même chose pour Bernard Bujold, un vrai pro de l’informatique dont les conseils m’ont grandement aidé à démarrer ce projet. La carte de presse qu’il m’a fournie fut très utile pour assister à plusieurs événements. Il est le fier créateur d’un journal internet qui compte plus de 50 000 abonnés, LeStudio1.

Les articles de ce blogue ont
été publié dans le Prince Arthur
Herald.
Pour la version anglaise, il me faut souligner la contribution de deux excellents traducteurs, Marcus McCormick et Marco Ferraro qui ont le souci du détail et qui ont travaillé d’arrache-pied au cours des trois derniers mois.

Merci aussi à Sameh Krichah, une jeune activiste tunisienne très intelligente et impliquée dans plusieurs organisations qu’on verra certainement dans les médias ou dans le monde politique d’ici quelques années.

Enfin, au nom de tous les étudiants internationaux qui ont participé au projet Call for a Rise, je voudrais remercier les Tunisiens de l’AIESEC Carthage pour l’accueil qu’ils nous ont réservé.

Grâce à toutes ces personnes, ce blogue a fait son petit bout de chemin. Mis à part ceux qui ont pu lire les articles dans le Prince Arthur Herald, les textes d’Élections Tunisie ont été vus à plus de 5500 reprises à ce jour.

Ce travail d’équipe a également permis d’être publié deux fois dans le journal The Gazette (ici et ici), de recevoir une petite publicité dans La Tribune (quotidien de Sherbrooke), le site web de l'Université de Sherbrooke et La Presse, en plus de donner une entrevue à l’émission de Benoît Dutrizac au 98,5 fm, à Estrie-Express animée par Réjean Blais et au English Program de Radio Tunis Chaîne Internationale (RTCI).

Conclusion

La transition vers la démocratie en Tunisie n’est pas complétée. Au contraire, elle n’en est encore qu’à ses premiers pas et il faudra attendre plusieurs années avant de pouvoir véritablement évaluer les bienfaits de la Révolution. Mais au-delà des critiques qui peuvent être formulées, le fait demeure que la manière pacifique dont les Tunisiens ont forcé leur dictateur à quitter le pays et les actions qui ont été entreprises depuis ce temps sont absolument remarquables.

La Tunisie sert de modèle aux autres pays du monde arabe depuis janvier dernier et cela risque de se perpétuer au cours des prochaines années. Les Tunisiens peuvent être fiers du chemin parcouru et si leur Révolution parvient à établir une véritable démocratie à long terme, leur persévérance servira assurément d’inspiration à leurs voisins arabes qui auront à mener le même dur combat vers la liberté.

Ce séjour en Tunisie m’a permis de vivre au quotidien le processus d’instauration d’une démocratie ainsi que tous les rouages qui assurent à long terme la stabilité d’un État. Ce fut une vaste expérience de vie, une chance unique, une opportunité formidable. J’ai eu beaucoup de chance et c’est pourquoi je tiens à faire part de ma reconnaissance la plus sincère à tous ceux et celles qui de près ou de loin m’ont aidé à réaliser ce projet.

À mes copains Tunisiens, je dis بسلاما­ et vous souhaite pleins de défis à la hauteur de vos ambitions.

Rafaël Primeau-Ferraro

L'équipe de Call for a Rise.

mercredi 16 novembre 2011

Problème dans les négociations de l’Assemblée Constituante et résultats détaillés de l’élection


Mustapha Ben Jaafar, chef d'Ettakatol.
Depuis plusieurs jours, les partis Ennahda, Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol négocient en vue de préparer les travaux qui attendent les parlementaires à l’Assemblée Constituante. Les trois partis ont respectivement terminé premier, deuxième et quatrième à l’élection. La liste indépendante qui figure au troisième rang, Aridha Chaabia, a été ignorée pour de multiples raisons.

À l’heure actuelle, le principal point à l’ordre du jour porte sur les postes à combler au sein du prochain gouvernement, soit ceux de Président du pays, Président du parlement et Premier ministre. Les partis s’attardent aussi à se départager les ministères afin de présenter un « gouvernement d’intérêt national » tel que l’a maintes fois répété le parti islamique Ennahda.

En soit, l’idée est excellente tant d’un point de vue politique que d’image. En effet, puisqu’aucun parti n’est parvenu à remporter une majorité de sièges, il est donc normal d’envisager de s’entendre pour former une coalition ou à tout le moins proposer une alliance. Il est également à l’avantage des partis de démontrer qu’ils sont suffisamment matures pour mettre la partisannerie de côté et plutôt se consacrer à faire avancer les véritables enjeux du pays. Enfin, peu de citoyens seraient satisfaits à l’idée que le Gouvernement soit composé d’un seul parti.

Premières tensions

À venir jusqu’à maintenant, les discussions se passaient relativement bien selon les informations qui ont filtré dans les médias. L’alliance qui se dessinait englobait à peu près toutes les idéologies et c’était rassurant pour la population : Ennahda ralliant les islamistes et plusieurs votes de la droite, CPR le centre-droit et Ettakatol le centre-gauche.

Toutefois, un premier conflit est survenu hier alors qu’un représentant d’Ettakatol a annoncé que le parti se retirait de la table des négociations.

Ce retrait aurait été motivé par des propos tenus la veille par le Secrétaire général d’Ennahda, Hamadi Jebali. Ce dernier, lors d’une réunion publique à laquelle avait été invité un dirigeant du mouvement palestinien Hamas, a affirmé « qu’il s’agit (la Révolution) d’un moment divin, dans un nouvel État, dans un 6ème califat », faisant ainsi référence au système de gouvernance non-démocratique qui reconnaît l’autorité d’un calife plutôt que celle des élus.

Hamadi Jebali, Secrétaire général d'Ennahda, a
plongé son parti dans une controverse.
En entrevue à la radio, un des dirigeants d’Ettakatol a déclaré qu’il ne s’agit pas d’une rupture définitive, mais plutôt d’un avertissement lancé au parti Ennahda parce qu’il est « inadmissible de parler de califat alors qu’en Tunisie on discute des principes devant régir la deuxième république ».

Face à la controverse soulevée, M. Jebali s’est expliqué en indiquant que ses propos « ont été pris hors contexte ». Pendant ce temps, les autres partis n’ont pas hésité à faire part de leur mécontentement par le biais des médias.

Cette autre bourde d’Ennahda vient s’ajouter au scandale dans lequel a été impliquée Souad Abderrahim, la députée vedette du parti. Mentionnons que cette dernière a décidé de porter plainte en diffamation contre Jalel Brick, un critique très sévère d’Ennahda et de l’ex-régime de Ben Ali. 

Résultats détaillés du vote

L’Instance supérieure indépendante pour les élections a finalement divulgué les résultats complets et détaillés du vote de l’élection dans les 33 circonscriptions.

On y apprend que contrairement à ce qui avait été annoncé, ce n’est pas 70% mais plutôt 51,7% des électeurs éligibles qui ont exercé leur droit de vote. Sur le territoire tunisien, le pourcentage de votants a été de 54,1 alors que dans la diaspora il ne fut que de 28,9.

Voici un tableau illustrant le nombre de votes et de sièges obtenus par chaque parti, coalition et liste indépendante. Pour consulter la liste de tous les candidats élus, cliquez ici.

Partis, coalition et listes indépendantes
Nombre de sièges
Nombre de votes
Ennahda (islamiste)
89
1 500 649
Congrès pour la République (CPR)
29
341 549
Aridha Chaabia ***
26
252 025
Ettakatol
20
248 686
Parti démocrate progressiste
16
111 067
Parti de l'initiative
5
97 489
Pôle démocratique moderniste (PDM)**
5
49 186
Afek Tounes
4
29 336
L'Alternative révolutionnaire (PCOT)
3
11 891
Mouvement du peuple
2
13 979
MDS
2
8 230
La voix de l'indépendant*
1
13 432
L'indépendant*
1
11 980
Pour un front national tunisien*
1
7 421
Parti libéral maghrébin
1
6 621
Parti de la justice et de l'égalité
1
6 098
L'Espoir*
1
6 022
Parti du militantisme progressiste
1
5 860
Parti néo-destourien
1
5 826
Parti de la nation social-démocrate
1
5 643
Parti de la nation culturel unioniste
1
5 269
La Fidélité*
1
5 070
La lutte sociale*
1
4 749
Union Patriotique Libre
1
4 456
La Justice*
1
4 232
Mouvement des patriotiques démocratiques
1
3 599
Fidélité aux martyrs*
1
2 540
*Listes indépendantes
**Coalition
***9 élus ont affirmé qu'ils quittaient la liste


lundi 14 novembre 2011

Hechmi Hamdi, la farce de l’élection tunisienne


Hechmi Hamdi, le chef du parti
Aridha Chaabia.
Ce n’est pas la première fois que j’aborde le sujet, mais il est difficile de ne pas parler des plus récentes frasques qui éclaboussent une fois de plus le parti Aridha Chaabia.

Vendredi dernier, neuf élus du parti (en plus de trois autres candidats) ont annoncé par voie de communiqué qu’ils démissionnaient pour siéger à l’Assemblée Constituante en tant qu’indépendants. Ces derniers ont indiqué ne plus vouloir travailler avec leur chef, Hechmi Hamdi, qui les prive de tout pouvoir décisionnel en plus d’omettre constamment de les consulter.

La veille, le jeudi 10 novembre, M. Hamdi avait indiqué qu’il comptait arriver à Tunis le samedi 12 pour un séjour de trois semaines. Puis, informé de la vague de démission au sein du parti, il s’est ravisé et a décidé de demeurer à Londres.

Le plus étonnant dans cette histoire ne tient pas nécessairement au fait qu’il ait différé son arrivée, mais plutôt à sa décision de rester à l’extérieur du pays pendant toute la campagne électorale. C’est à croire qu’il n’a aucunement l’intention de s’établir en Tunisie. D’ailleurs, lorsqu’il a été interrogé à propos de son absence durant la campagne, M. Hamdi n’avait à fournir aucune autre explication que celle-ci : « je préférais demeurer à Londres ». 

Une saga qui n’en finit plus

Pour ceux qui n’auraient pas suivi cette saga, voici un bref récapitulatif des faits.

-27 octobre : Divulgation des résultats finaux de l’élection. Aridha Chaabia, un parti jusqu’alors complètement inconnu des médias, récolte 27 sièges. Neuf candidats sont cependant disqualifiés pour fraude électorale et affiliation à l’ancien régime.

-Outré, Hechmi Hamdi annonce quelques heures plus tard qu’en guise de protestation, son parti ne se présentera pas à l’Assemblée Constituante.

-29 octobre : Les 19 élus restant du parti affirment qu’ils n’obéiront pas à leur chef et que malgré son interdiction, ils siègeront à l’Assemblée Constituante.

-8 novembre : Le Tribunal administratif renverse la disqualification de huit des neuf candidats, portant le total de sièges d’Aridha Chaabia à 26.

Quel est le problème du parti ?

Difficile de blâmer quelqu’un d’autre qu’Hechmi Hamdi lui-même pour tous les ennuis qui affligent Aridha Chaabia. Multipliant depuis l’élection des déclarations farfelues, loufoques ou encore contradictoires, il semble être doté d’une personnalité pour le moins particulière.


Par exemple, tout de suite après l’élection, il n’a pas hésité à s’autoproclamer Président de la Tunisie sur sa page Facebook. De plus, il ne rate jamais une occasion de mentionner que 50% des électeurs ont voté pour Aridha Chaabia et que pour cette raison les autres partis devraient négocier avec lui afin de former une coalition.

Rappelons que M. Hamdi est propriétaire d’une station de télévision située à Londres et sur laquelle il apparaît régulièrement. Il s’en est beaucoup servi durant la campagne électorale pour y tenir des discours qualifiés par ses adversaires d’irréalistes, de démagogiques ou encore de populistes. (Ex : gratuité des soins de santé pour tous, services de transport public pour les personnes âgées, indemnité supplémentaire de 200 dinars par mois pour tous les chômeurs, etc.).

Une identité qui reste à découvrir

Mais au-delà des scandales et de cet étrange chef, le parti aurait-il avant tout un problème d’identité ? La question se pose, car à l’heure actuelle il est presque impossible d’observer une quelconque tendance idéologique chez Aridha Chaabia.

Le parti est-il à gauche, au centre ou à droite ? Difficile à dire… probablement de gauche si on considère la liste de promesses mentionnées ci-dessus.

Aridha Chaabia est-il plutôt progressiste ou résolument islamiste ? Là encore, c’est un autre mystère. M. Hamdi assure les membres d’Ennahda qu’il les considère comme « ses frères » et ce même si le parti refuse catégoriquement de collaborer avec lui et ne l’a jamais contacté.

Même son de cloche du côté des progressistes, personne ne veut s’associer de près ou de loin avec M. Hamdi soupçonné d’avoir entretenu des liens avec Ben Ali.

Fouad Mebazaa, le Président par intérim de la 
Tunisie, n'a pas invité Aridha Chaabia aux
discussions préparatoires de l'Assemblée
Constituante.
Devant un tel manque de rigueur, le Président Fouad Mebazaa n’a pas eu d’autres choix que d’exclure ce parti des discussions préparatoires à l’Assemblée Constituante. M. Hamdi n’a pas du tout apprécié cet affront et a exigé des excuses de M. Mebazaa. Il a ensuite présenté une demande similaire à l’agence de presse Tunisie Afrique, aux partis politiques de même qu’à la plus grande chaîne télévisée du pays, les accusant d’avoir tenu des propos diffamatoires à son endroit.

Un avenir imprévisible

Si le parti demeure sur ses positions et continue d’accumuler les bourdes, il serait étonnant qu’il arrive à survivre bien longtemps. Trois semaines seulement après les élections, le tiers de ses élus ont décidé de quitter le navire et il n’est pas impossible que d’autres leur emboîtent le pas dans un avenir très rapproché.

Reste à savoir si cette histoire – digne d’un roman feuilleton – nuira véritablement à M. Hamdi d’ici la prochaine élection. Si certains (dont je suis) le considèrent comme étant une farce, d’autres voient en lui le futur sauveur de la Tunisie.

Chose certaine, personne n’avait prédit la percée d’Aridha Chaabia le 23 octobre dernier et bien peu de gens oseraient parier contre eux à l’avenir. Car si la politique tunisienne a quelque chose de commun avec toutes les autres démocraties du monde, c’est qu’elle est aussi imprévisible.

samedi 12 novembre 2011

La Tunisie en liesse (photos) : Un championnat symbolique pour une année historique



Petite pause de politique l’instant d’un court article. L’Espérance de Tunis, l’équipe de foot favorite d’un très grand nombre de Tunisiens, a remporté la Coupe d’Afrique samedi soir, mettant ainsi fin à une disette de 17 ans sans championnat. Pour les lecteurs du Québec, c’est l’équivalent des Canadiens de Montréal qui gagneraient la Coupe Stanley.

Dans les rues, les gens festoyaient, criaient leur joie et manifestaient leur fierté en agitant des drapeaux à l’effigie de l’équipe. Sur l’avenue Bourguiba, il régnait une véritable ambiance de carnaval. Les voitures klaxonnaient et les passagers affichaient fièrement leur maillot et foulard sang et or, couleurs officielles de l’Espérance.

Avec cette victoire, le club de Tunis met la main sur le second titre de la Ligue des champions d’Afrique de son histoire après avoir connu trois défaites en finale en 1999, 2000 et 2010. Ce gain permet ainsi à l’Espérance de se qualifier pour la Coupe du monde des clubs Fifa qui aura lieu au Japon du 8 au 18 décembre prochain. Ce tournoi réunira notamment le prestigieux FC Barcelone et son joueur étoile Lionel Messi.


Quant à la joute elle-même, l’Espérance a gagné 1-0 contre l’équipe marocaine Wyad Casablanca après un match aller qui s’était soldée par un score nul de 0-0. En fin de match, la tension était à son comble dans le camp tunisien puisqu’un but des Marocains leur aurait procuré la victoire était donné qu’ils auraient été l’équipe ayant marqué le plus de buts sur le terrain adverse.

Le but de l’Espérance a été marqué par le latéral Harrison Afful à la 21ème minute. Joueur très offensif, ce dernier a déjoué un défenseur adverse pour ensuite se moquer du gardien en tirant dans le haut du filet. Dans les rondes précédentes, l’équipe de Tunis avait disposé entre autres d’une équipe algérienne et d’une formation du Soudan.

Cette belle victoire, acquise devant plus de 55 000 personnes au Stade de Radès, arrive à point nommé pour les Tunisiens, chez qui le foot occupe une place très importante. Elle couronne également une année remplie d’émotions qui avait débuté en janvier avec un soulèvement populaire historique et qui se termine dans un peu moins de sept semaines avec en toile de fond ce gain symbolique. Voici quelques photos des partisans (et les pages couvertures de journaux) après la victoire de leur équipe :