mercredi 9 novembre 2011

Scandale chez Ennahda : « Les mères célibataires n’ont pas le droit d’exister ! »

Souad Abderrahim, députée d'Ennahda dans la
circonscription de Tunis 2.
Un peu plus de deux semaines après l’élection, un premier scandale vient d’éclater au sein du parti Ennahda. Mardi, à l’occasion d’un débat portant sur l’avenir des droits des femmes en Tunisie, la députée la plus en vue du parti islamique, Souad Abderrahim, a tenu des propos qui ont soulevé un véritable tollé de protestations sur les ondes de la radio Doualya Monte Carlo.

Questionnée à propos des droits dont devraient pouvoir bénéficier les mères célibataires du pays, Mme Abderrahim s’est déclarée tout d’abord « surprise que l’on puisse débattre ce genre de sujet dans une société arabo-musulmane comme la Tunisie. » Poursuivant sur sa lancée, elle a même ajouté un peu plus tard au cours de l’entrevue « que ces femmes représentent une vraie honte pour la Tunisie » et « qu’elles ne devraient pas avoir le droit d’exister. »

La représentante d’Ennahda réagissait à une proposition qui avait été formulée par un des intervenants à l’effet qu’il devrait y avoir un cadre légal en Tunisie pour protéger les droits des mères célibataires. S’opposant fermement à cette idée, Mme Abderrahim a qualifié dans un  premier temps de « péché » le fait d’avoir des rapports sexuels avant le mariage. Puis, elle a conclu en mentionnant « qu’il n’y a pas de place en Tunisie pour une liberté intégrale ou absolue. La liberté doit respecter nos croyances. »

Il n’en fallait pas plus pour que les esprits s’enflamment, notamment sur les réseaux sociaux. Sur Facebook et Twitter, les commentaires de citoyens et citoyennes outrés affluaient de toutes parts. On y retrouvait également des textes de blogueurs dénonçant avec vigueur les propos tenus par la députée. En voici trois qui ont retenu l’attention :

1 – « Jolanare » : Lettre ouverte à Mme Souad Abderrahim, qui n’a de Rahma que le nom.
2 – « Bourkornine » : Souad Abderrahim, la super nanny du peuple tunisien.
3 – « Bidules Blog » : Lettre ouverte à Madame Souad Abderrahim.

Dans l’article publié sur le blogue « Bourkornine », l’auteur rappelle avec justesse que Mme Abderrahim avait déjà émis une opinion assez ambiguë le 26 octobre dernier lorsqu’elle avait affirmé qu’Ennahda « ne compte pas fermer les boîtes de nuit, mais par contre ancrera les bonnes mœurs. »

Rappelons que Mme Abderrahim était régulièrement mise à l’avant-scène par Ennahda pendant la campagne électorale. En plus d’être une candidate non voilée, plusieurs analystes voyaient déjà en elle celle qui incarnait « la modération » et « la modernité » au sein du parti, notamment en raison de son passé de militante auprès du mouvement syndicaliste étudiant l’UGET (Union générale des étudiants de Tunisie). Tout au long de la campagne, Mme Adberrahim avait en effet affirmé être fière de se présenter pour un parti qui « respectera les libertés individuelles et prônera un  islam modéré » et que « rien ne sera imposé » par Ennahda.

Cette frasque risque de nuire considérablement aux islamistes qui avaient réussi jusqu’à maintenant à éviter les faux pas majeurs. D’autant plus que les rumeurs laissaient entendre récemment que Mme Abderrahim pourrait être désignée par le parti pour occuper la présidence du Parlement.

Chose certaine, cette sortie inopinée de la candidate donnera des munitions  aux adversaires d’Ennahda qui n’ont cessé d’affirmer depuis des mois que le parti tient un double discours et que son agenda religieux en viendra inévitablement à restreindre les libertés individuelles. Avec les propos controversés tenus hier par Mme Abderrahim, il serait en effet plutôt paradoxal pour Ennahda de défendre la position de sa députée vedette et de continuer à revendiquer l’appellation de parti « modéré ».

Personne encore chez Ennahda n’a réagi à la situation ni émis de commentaires.

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