mardi 1 novembre 2011

Les islamistes étaient là pour gagner, les progressistes pour avoir raison



La première élection libre est maintenant chose du passé en Tunisie et tel que prévu, le parti islamique Ennahda a remporté le suffrage. Peu importe ce qu’en diront ses détracteurs, il faut saluer l’extraordinaire travail accompli par ce parti. Il n’y a aucun doute, ce n’est ni plus ni moins qu’une véritable leçon de politique qu’Ennahda a servie à ses adversaires.

Parmi toutes les formations politiques en lice, Ennahda était de loin la mieux organisée. Sa base militante a été très active sur le terrain tout au long de la campagne et le chef du parti, Rached Ghannouchi, ainsi que les têtes de listes ont livré d’excellentes performances lors des débats et entrevues auxquels ils ont participé. De plus, Ennahda était un des rares partis à pouvoir compter sur des attachés de presse capables de communiquer dans un anglais excellent avec les médias étrangers.

Bref, tous ces éléments ont largement contribué au succès du parti islamique qui est parvenu à rafler 90 des 217 sièges de l’Assemblée constituante (37% des votes), loin devant son plus proche rival, le Congrès pour la République (CPR), qui en a amassé 30.

Toutefois, il y a un autre élément essentiel qui a largement favorisé Ennahda dans le scrutin du 23 octobre dernier. Contrairement à ses adversaires, le parti a réussi à réunir pratiquement toutes les forces islamiques dans ses rangs pour présenter à l’électorat un front commun.

Plutôt que d’opter pour cette stratégie, la plupart des partis progressistes et des candidats indépendants ont choisi de faire cavalier seul. Bien qu’ils aient réussi à obtenir environ 50% des suffrages, ils ont été plus de 27 formations différentes à se partager les sièges!  Pire encore, les cinq plus grands partis progressistes ne sont même pas parvenus à égaler le résultat d’Ennahda ne récoltant que 35,47% des voix. Aussi bien dire que la possibilité de former une coalition majoritaire entre progressistes est dorénavant pratiquement impossible.

Ainsi, plus de 60% des Tunisiens ont voté contre le parti islamique Ennahda, mais c’est ce dernier qui disposera du plus grand poids au gouvernement. Face à ce constat, les progressistes tunisiens n’ont qu’eux-mêmes à blâmer. En effet, qu’ils veuillent l’admettre ou non, leur dissension est en grande partie responsable du rapport de force dont jouissent actuellement les islamistes. De plus, le peu de différences existant entre leurs programmes n’ont fait que compliquer la tâche des électeurs. À preuve, certains candidats des cinq plus grands partis progressistes peinaient à expliquer aux médias ce qui distinguait leur formation des autres lorsqu’ils étaient questionnés à ce sujet.

Une telle situation n’est pas exclusive à la Tunisie. Pensons simplement à l’élection générale du 2 mai dernier qui a eu lieu au Canada et où le Parti conservateur est parvenu à unifier les forces de la droite et ainsi à obtenir une majorité au Parlement en récoltant 39,6% des votes, coiffant au passage le NPD et les libéraux qui avaient respectivement recueilli 30,6% et 18,9% des suffrages.

Le même scénario s’était produit à l’élection municipale de Montréal en 2009 lorsque le parti du maire sortant Gérald Tremblay, Union Montréal, a été réélu pour un troisième mandat consécutif, et ce malgré les aléas d’une campagne électorale pénible au cours de laquelle de nombreux scandales reliés à son administration avaient été rapportés dans les médias. Encore ici, les principaux partis d’opposition, Vision Montréal et Projet Montréal, avaient refusé d’allier leurs forces dans les mois précédant la campagne électorale, laissant ainsi le champ libre à une autre victoire de M. Tremblay avec seulement 37,9% des votes. Les deux partis d’opposition avaient récolté au total 58,18% des suffrages.

Ceci dit, la prochaine élection en Tunisie devrait avoir lieu dans un an, le temps de rédiger la première Constitution. Les partis ne disposeront donc pas de beaucoup de temps pour séduire à nouveau les électeurs et arriver à modifier la perception que ces derniers se sont fait à leur égard. À moins de commettre de graves erreurs, Ennahda risque de conserver son électorat d’autant plus que les conditions lui sont favorables puisque mis à part la Constitution, très peu de grands projets risquent de voir le jour avant la prochaine élection.

Les partis progressistes auront donc fort à faire la prochaine fois que la Tunisie se rendra aux urnes. Ils devront d’ici là se poser une question fondamentale : préférons-nous voir Ennahda terminer encore premier ou sommes-nous prêts à faire des compromis pour former un front uni contre eux ?

Ometrre d'effectuer cet exercice essentiel reviendrait à nier la réalité pour les progressistes. Ces derniers viennent de se faire servir une dure raclée par les islamistes et à moins qu'ils n'adaptent leur stratégie en conséquence, rien n'indique qu'ils ne subiront pas une autre défaite toute aussi brutale lors de la prochaine élection.

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