mardi 8 novembre 2011

Résultats des élections en Tunisie : une nouvelle donne au Parlement

Hechmi Hamdi, le controversé chef d'Aridha Chaabia, n'avait manifestement
pas dit son dernier mot. Mardi, le Tribunal administratif de la Tunisie a
statué en faveur de son parti, lui remettant 7 des 8 sièges où les candidats
avaient été disqualifiés.
Le délai alloué pour contester les résultats de l’élection a officiellement pris fin mardi, comme l’avait prévu l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE). Le Tribunal administratif saisi des requêtes a rendu une décision qui en a surpris plus d’un en début de journée en accueillant favorablement l’appel interjeté par la liste indépendante Aridha Chaabia et son controversé chef Hechmi Hamdi, soupçonné d’avoir soutenu l’ancien dictateur Ben Ali.

Suite à cette victoire en appel, sept sièges ont pu être repris par ce parti. Rappelons que lors de la divulgation des résultats du vote le 27 octobre dernier, le président de l’ISIE, Kamel Jendoubi, avait annoncé que huit des 27 sièges remportés par Aridha Chaabia leur seraient retirés en raison de fraudes électorales et de la présence d’un candidat élu dans la circonscription de France II qui aurait occupé un poste important dans le Gouvernement de Ben Ali, contrevenant ainsi à une des règles de base exigées des candidats pour avoir le droit de se présenter aux élections.  

Le Tribunal administratif a donc renversé la décision prise par l’ISIE à l’encontre de la liste indépendante dans cinq circonscriptions, soit Sidi Bouzid (3 sièges), Sfax I (1 siège), Jendouba (1 siège), Kasserine (1 siège) et Tataouine (1 siège), pour un total de sept sièges. Ce jugement aura donc un impact majeur sur la composition du Parlement tunisien puisqu’avec un décompte de 26 sièges, la liste Aridha Chaabia reprend le troisième rang qu’elle occupait avant d’être sanctionnée par l’ISIE.

Nouveau total des partis

Les sièges réalloués à Aridha Chaabia ont eu pour conséquence d’en enlever deux au parti islamique Ennahda, un à Ettakatol, un au CPR et un au PDP. La répartition finale des sièges obtenus par les cinq premiers partis à l’élection de l’Assemblée constituante est donc la suivante :

1 – Ennahda :                                       89
2 – Congrès pour la République :          29
3 – Aridha Chaabia :                            26
4 – Ettakatol :                                       20
5 – Parti démocrate progressiste :         16

À noter que le Tribunal administratif n’a renversé la décision de l’ISIE qu’en ce qui a trait exclusivement aux plaintes de fraudes électorales. Le candidat élu dans France II ayant eu des accointances avec l’ancienne dictature demeure donc disqualifié. Aucun détail se rapportant aux raisons qui ont mené à la décision du tribunal n’a cependant encore filtré. Rappelons que 104 contestations ont été déposées et que seules six d’entre elles ont eu gain de cause – accordant sept sièges à Aridha Chaabia et un à Ennahda.

Les réactions

Les rapports de force sont dorénavant modifiés à l’Assemblée constituante. Au cours des derniers jours, des rumeurs persistantes évoquaient de possibles alliances entre Ennahda, le CPR et Ettakatol – laissant ainsi de côté Aridha Chaabia. Mais maintenant que ce dernier a repris la troisième position, sera-t-il toujours ignoré par les autres partis ?

Du côté d’Ennahda, un responsable s’est contenté de dire que le parti « respecte la décision du tribunal » et qu’il « négociera avec tous les élus de l’Assemblée constituante. » La réaction chez Ettakatol a été beaucoup plus virulente. Un attaché de presse a déclaré que le parti avait été très surpris de la décision rendue par le Tribunal administratif et qu’il refusera de collaborer avec les députés d’Aridha Chaabia en raison de sérieux accrocs à la loi électorale. « Les membres du parti donnaient de l’argent aux citoyens pour obtenir leur vote ! » a affirmé le représentant d’Ettakatol.

À Sidi Bouzid, château fort d’Aridha Chaabia et seule circonscription où Ennahda n’as pas terminé en tête, plusieurs citoyens sont sortis dans la rue pour célébrer au moment de l’annonce du jugement.

L’ex-Premier ministre de la Libye sera finalement extradé

Mentionnons en terminant qu’une décision a été rendue aujourd’hui par la Cour d’appel de la Tunisie dans le procès pour extradition de l’ancien Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi. Ce dernier sera finalement remis aux autorités de la Libye qui avait demandé son extradition depuis son arrestation le 22 septembre dernier. En raison de longs délais procéduraux, M. Mahmoudi ne sera renvoyé dans son pays qu’après la promulgation d’un décret du président par intérim. Aucune date n’a encore été fixée pour cette dernière étape.

Lundi dernier, Amnesty International avait expressément demandé au gouvernement de la Tunisie de ne pas extrader M. Mahmoudi parce que ce dernier risquait d’être exposé à de graves dangers tels « qu’une exécution extra-judiciaire et un procès injuste. »

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