lundi 14 novembre 2011

Hechmi Hamdi, la farce de l’élection tunisienne


Hechmi Hamdi, le chef du parti
Aridha Chaabia.
Ce n’est pas la première fois que j’aborde le sujet, mais il est difficile de ne pas parler des plus récentes frasques qui éclaboussent une fois de plus le parti Aridha Chaabia.

Vendredi dernier, neuf élus du parti (en plus de trois autres candidats) ont annoncé par voie de communiqué qu’ils démissionnaient pour siéger à l’Assemblée Constituante en tant qu’indépendants. Ces derniers ont indiqué ne plus vouloir travailler avec leur chef, Hechmi Hamdi, qui les prive de tout pouvoir décisionnel en plus d’omettre constamment de les consulter.

La veille, le jeudi 10 novembre, M. Hamdi avait indiqué qu’il comptait arriver à Tunis le samedi 12 pour un séjour de trois semaines. Puis, informé de la vague de démission au sein du parti, il s’est ravisé et a décidé de demeurer à Londres.

Le plus étonnant dans cette histoire ne tient pas nécessairement au fait qu’il ait différé son arrivée, mais plutôt à sa décision de rester à l’extérieur du pays pendant toute la campagne électorale. C’est à croire qu’il n’a aucunement l’intention de s’établir en Tunisie. D’ailleurs, lorsqu’il a été interrogé à propos de son absence durant la campagne, M. Hamdi n’avait à fournir aucune autre explication que celle-ci : « je préférais demeurer à Londres ». 

Une saga qui n’en finit plus

Pour ceux qui n’auraient pas suivi cette saga, voici un bref récapitulatif des faits.

-27 octobre : Divulgation des résultats finaux de l’élection. Aridha Chaabia, un parti jusqu’alors complètement inconnu des médias, récolte 27 sièges. Neuf candidats sont cependant disqualifiés pour fraude électorale et affiliation à l’ancien régime.

-Outré, Hechmi Hamdi annonce quelques heures plus tard qu’en guise de protestation, son parti ne se présentera pas à l’Assemblée Constituante.

-29 octobre : Les 19 élus restant du parti affirment qu’ils n’obéiront pas à leur chef et que malgré son interdiction, ils siègeront à l’Assemblée Constituante.

-8 novembre : Le Tribunal administratif renverse la disqualification de huit des neuf candidats, portant le total de sièges d’Aridha Chaabia à 26.

Quel est le problème du parti ?

Difficile de blâmer quelqu’un d’autre qu’Hechmi Hamdi lui-même pour tous les ennuis qui affligent Aridha Chaabia. Multipliant depuis l’élection des déclarations farfelues, loufoques ou encore contradictoires, il semble être doté d’une personnalité pour le moins particulière.


Par exemple, tout de suite après l’élection, il n’a pas hésité à s’autoproclamer Président de la Tunisie sur sa page Facebook. De plus, il ne rate jamais une occasion de mentionner que 50% des électeurs ont voté pour Aridha Chaabia et que pour cette raison les autres partis devraient négocier avec lui afin de former une coalition.

Rappelons que M. Hamdi est propriétaire d’une station de télévision située à Londres et sur laquelle il apparaît régulièrement. Il s’en est beaucoup servi durant la campagne électorale pour y tenir des discours qualifiés par ses adversaires d’irréalistes, de démagogiques ou encore de populistes. (Ex : gratuité des soins de santé pour tous, services de transport public pour les personnes âgées, indemnité supplémentaire de 200 dinars par mois pour tous les chômeurs, etc.).

Une identité qui reste à découvrir

Mais au-delà des scandales et de cet étrange chef, le parti aurait-il avant tout un problème d’identité ? La question se pose, car à l’heure actuelle il est presque impossible d’observer une quelconque tendance idéologique chez Aridha Chaabia.

Le parti est-il à gauche, au centre ou à droite ? Difficile à dire… probablement de gauche si on considère la liste de promesses mentionnées ci-dessus.

Aridha Chaabia est-il plutôt progressiste ou résolument islamiste ? Là encore, c’est un autre mystère. M. Hamdi assure les membres d’Ennahda qu’il les considère comme « ses frères » et ce même si le parti refuse catégoriquement de collaborer avec lui et ne l’a jamais contacté.

Même son de cloche du côté des progressistes, personne ne veut s’associer de près ou de loin avec M. Hamdi soupçonné d’avoir entretenu des liens avec Ben Ali.

Fouad Mebazaa, le Président par intérim de la 
Tunisie, n'a pas invité Aridha Chaabia aux
discussions préparatoires de l'Assemblée
Constituante.
Devant un tel manque de rigueur, le Président Fouad Mebazaa n’a pas eu d’autres choix que d’exclure ce parti des discussions préparatoires à l’Assemblée Constituante. M. Hamdi n’a pas du tout apprécié cet affront et a exigé des excuses de M. Mebazaa. Il a ensuite présenté une demande similaire à l’agence de presse Tunisie Afrique, aux partis politiques de même qu’à la plus grande chaîne télévisée du pays, les accusant d’avoir tenu des propos diffamatoires à son endroit.

Un avenir imprévisible

Si le parti demeure sur ses positions et continue d’accumuler les bourdes, il serait étonnant qu’il arrive à survivre bien longtemps. Trois semaines seulement après les élections, le tiers de ses élus ont décidé de quitter le navire et il n’est pas impossible que d’autres leur emboîtent le pas dans un avenir très rapproché.

Reste à savoir si cette histoire – digne d’un roman feuilleton – nuira véritablement à M. Hamdi d’ici la prochaine élection. Si certains (dont je suis) le considèrent comme étant une farce, d’autres voient en lui le futur sauveur de la Tunisie.

Chose certaine, personne n’avait prédit la percée d’Aridha Chaabia le 23 octobre dernier et bien peu de gens oseraient parier contre eux à l’avenir. Car si la politique tunisienne a quelque chose de commun avec toutes les autres démocraties du monde, c’est qu’elle est aussi imprévisible.

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