jeudi 3 novembre 2011

Azyz Amami, un activiste qui n’a pas froid aux yeux



Les activistes ont fait les manchettes à des milliers de reprises depuis le début du Printemps arabe. Certes, il faut le mentionner, un soulèvement, ce n’est pas seulement le fait de quelques individus, c’est l’œuvre de tout un peuple. Toutefois, il y a des personnes parmi eux qui ont pris plus de risques que d’autres pour faire valoir leur point de vue.

En Tunisie, des activistes ont dénoncés, par le biais de leur blogue, des réseaux sociaux et de Youtube, les agissements de l’ancien régime et contribué à l’organisation de manifestations, défiant ainsi les actes de répression et la censure exercés à leur égard par les autorités. Azyz Amami, un des jeunes les plus impliqués dans le mouvement de contestation qui a mis fin à la dictature en Tunisie, a accepté, le temps d’une entrevue, de partager son expérience du printemps arabe et de nous faire part de ses impressions sur la transition politique qui se déroule dans son pays.

Pour Azyz Amami, le contexte de protestation contre l’ancien régime n’a pas débuté en décembre 2010. Depuis quelques années déjà, une certaine grogne avait gagné la rue et commençait à se faire entendre via le web. À ce moment, Facebook et Twitter servaient surtout à dénoncer la censure et la pauvreté.

Affiche demandant la
libération d'Azyz Amami et
de Slim Amamou en janvier
2011.
Selon l’activiste, si vous désiriez émettre une critique par rapport à l’ex dictature, il valait mieux le faire subtilement afin d’éviter d’être censuré ou d’avoir des problèmes avec les autorités. Par contre, il pouvait arriver à l’occasion que de graves insultes proférées contre le régime ou ses représentants soient tolérées. Par exemple, à l’occasion du 73ème anniversaire de naissance de Ben Ali, l’activiste n’y était pas allé de main morte sur Facebook en traitant le dictateur de « fils de pute » et en l’invitant à « dégager ». Il été quelque peu surpris de ne pas avoir eu à subir de conséquences suite à la publication de ce commentaire. À l’opposé, aux élections de 2009, il a été tabassé par des policiers pour s’être moqué du slogan électoral du régime.  

Dans les semaines qui ont précédé le 14 janvier 2011, date du départ de l’ex président et de sa famille, il a été partie prenante du soulèvement populaire en publiant quotidiennement sur les réseaux sociaux des informations à propos des manifestations et de la répression exercée par les forces de l’ordre, ce qui lui a d’ailleurs valu quelques démêlés avec la justice. Tout d’abord, on l’a empêché d’aller rejoindre les protestataires à Sidi Bouzid au mois de décembre 2010 alors qu’une vague de contestations battait son plein.

Puis, le 6 janvier, il a été arrêté et jeté en prison en même temps qu’un autre activiste bien en vue, Slim Amamou. Cet événement a créé une onde de choc chez les protestataires qui y ont vu une preuve que la répression du régime n’allait pas cesser malgré les promesses du président. Relâchés le 13 janvier, les deux jeunes ont pu assister dès le lendemain au départ précipité du dictateur pour l’Arabie Saoudite.

Caricature de la situation qu'a vécue Azyz Amami après
qu'il ait fait une blague au sujet d'une banane à un policier.
Aujourd’hui, Azyz Amami, à l’instar de d’autres activistes, est très connu en Tunisie et il n’a pas fini de se faire entendre. Tout récemment d’ailleurs, il a été brutalisé par des policiers pour leur avoir fait une mauvaise blague. Plus précisément, il a demandé s’ils avaient des bananes… au lendemain d’un discours du Premier ministre où ce dernier avait comparé des policiers aux comportements violents à des singes.

Sur les réseaux sociaux, les interventions d’Azyz Amami font toujours réagir un très grand nombre d’internautes. Cette relative notoriété ne semble toutefois pas l’affecter outre mesure. Très humble chaque fois qu’il évoque le rôle qu’il a pu occuper dans la Révolution tunisienne, il demeure réaliste quant au futur de son pays. « Chaque révolution prend un certain temps et tous les problèmes ne peuvent être réglés en un tour de main. Il n’y a pas eu tellement de changements économiques jusqu’à maintenant, mais ça viendra. Au cours des deux prochaines années, il faudra établir un système de justice fiable et transparent et s’assurer de véritablement garantir les libertés individuelles des citoyens », explique-t-il.

Quant à la transition démocratique qui s’opère actuellement, M. Amami estime que le processus ne s’est pas nécessairement fait comme la rue l’aurait souhaité, entre autres en raison de la trop grande présence d’apparatchiks à la solde de l’ancien régime qui font toujours partie de la fonction publique. Cependant, malgré ces imperfections, la situation actuelle est déjà bien mieux qu’il y a un an. « Les gens suffoquaient, ils n’en pouvaient plus d’avoir à surveiller leurs paroles. Il n’y a pas si longtemps, il n’était pas possible de parler de politique dans un café sans craindre d’être espionné par la police. De plus, la population avait l’impression que les autres pays du monde appuyaient le régime et ses pratiques, puisqu’il était dans leur intérêt de maintenir une stabilité politique, et ce peu importe les conséquences », mentionne M. Amami.

À ceux qui appellent au boycott de l’Assemblée constituante et qui ont suggéré de ne pas voter aux élections, le jeune activiste répond qu’il faut plutôt voir la situation d’un œil positif. « Si on ne participe pas au processus, il faut être prêt à l’assumer. On a deux choix : soit on est un acteur du changement, soit on le subit. Tout citoyen d’une société libre a le droit et un certain devoir de choisir. La Constituante, malgré ses défauts, offre cette possibilité. »

Azyz Amami à une protestation.
Enfin, quoiqu’il puisse être encore tôt pour se prononcer sur l’avenir du pays, l’activiste ne craint pas que la situation politique redevienne identique ou pire que ce qu’elle était avant la Révolution. Il conclut d’ailleurs l’entrevue par une réflexion pour le moins inspirante qui témoigne de son assurance sur le sujet : « je suis confiant pour le futur de la Tunisie. Peu importe ce que les prochains dirigeants feront, j’ai bon espoir qu’il n’y aura pas de compromis sur la question des libertés individuelles. De toute façon, si ce n’est pas le cas, le peuple sera immédiatement là pour redescendre dans la rue. Le message est maintenant passé ; tant que nos droits ne seront pas respectés, nous n’arrêterons jamais. »

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