vendredi 28 octobre 2011

Un premier ministre islamiste avec un président progressiste ?

Hamadi Jebali, Secrétaire général du parti islamique Ennahda. 
L’élection étant maintenant chose du passé, les principales discussions en Tunisie se tournent désormais sur la formation du prochain gouvernement et les allégations de fraudes électorales. Mis à part quelques violations lors de la collecte des bulletins de vote, le président de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a indiqué que le processus avait été transparent et que les infractions relevées ne permettaient pas de contester la validité des résultats.

Ainsi, ce sont les rumeurs entourant le début des travaux de l’Assemblée constituante qui retiennent beaucoup l’attention actuellement. Depuis les premières divulgations de résultats, le parti islamique Ennahda a pris la position de tête dans les négociations, ce qui n’a rien de très étonnant compte tenu de son score à l’élection.

Ennahda dispose effectivement d’un énorme rapport de force puisqu’il est l’unique parti détenant suffisamment de sièges pour former une coalition majoritaire avec une seule autre formation politique. C’est pour cette raison que le parti s’est déjà donné la permission de proposer un candidat au poste de Premier ministre et de spéculer quant au choix du futur président par intérim.

L’homme de confiance qu’Ennahda compte présenter comme Premier ministre est Hamadi Jebali. Ce dernier milite à l’intérieur du parti depuis le début des années 80 et il en est aujourd’hui le Secrétaire général. Originaire de Sousse, M. Jebali est ingénieur de formation et il a été très présent dans les médias pendant la campagne électorale pour présenter les idées et le programme du parti.

Conscient de son statut minoritaire au Parlement et des inquiétudes des Tunisiens quant à l’éventualité de voir un gouvernement formé d’un seul parti prédominant, Ennahda cherche à s’allier avec un leader progressiste qui pourrait occuper le poste de président par intérim jusqu’aux prochaines élections législatives. Les plus récentes rumeurs font état de trois candidats qui auraient été approchés par le parti religieux, soit Moncef Marzouki, le chef du CPR, Mustapha Ben Jaafar, le chef d’Ettakatol et Béji Caïd Essebsi, l’actuel Premier ministre.

Selon l’avis des experts, le choix de Moncef Marzouki serait le plus probable. Malgré ce qu’en disent ses supporters et des candidats du parti, le chef du CPR n’a jamais formellement rejeté l’idée d’une alliance avec le parti islamique durant la campagne électorale, contrairement à la majorité de ses collègues progressistes. Le seul bémol à la candidature de M. Marzouki pourrait être son intention de maintenir l’Assemblée constituante en place plus d’une année, une idée qui n’est pas très populaire tant chez les électeurs qu’auprès des plus grands partis. Le CPR est d’ailleurs un des rares partis d’importance à avoir refusé de signer l’entente fixant la durée de vie maximale de l’Assemblée constituante à un an.

Mustapha Ben Jaafar, chef d'Ettakatol.
De son côté, l’actuel Premier ministre Essebsi se dit être en réflexion après avoir été approché par Ennahda. Le journal El Maghreb a par ailleurs révélé que celui-ci serait le premier choix du parti islamique.

Enfin, la nomination de Mustapha Ben Jaafar, homme politique qui jouit d’une relative popularité auprès d’un grand nombre de Tunisiens, pourrait s’avérer être un bon choix pour Ennahda pour servir leur intention d’offrir au pays « un gouvernement de large union. » Toutefois, des membres du parti de Jaafar ressentiraient un certain malaise vis-à-vis une collaboration trop étroite avec les Islamistes. On sait en effet qu’ils ont réitéré à maintes occasions pendant la campagne électorale leur opposition à une telle idée (M. Jaafar l’avait également indiqué au journal La Presse).

En outre, l'élément majeur qui fera la vraie différence à l'Assemblée constituante sera la composition de la coalition majoritaire, car c'est cette coalition qui disposera du pouvoir de nommer le gouvernement intérimaire et surtout de rédiger la Constitution du pays. Les décisions qui seront prises prochainement risquent donc d'avoir des répercussions à très long terme sur la Tunisie. C'est bien signe que l'élection de la semaine dernière était vraiment historique...

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