mercredi 26 octobre 2011

Toujours le suspense pour les résultats et début de manifestations

Ce sont les premières élections libres de l’histoire de la Tunisie, il n’est donc pas très étonnant que des délais supplémentaires dans la compilation des votes soient fréquents. À la limite, il y a quelque chose de sain à cela, une certaine volonté de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) d’en tenir rigoureusement aux principes d’un processus électoral démocratique afin de présenter aux électeurs des résultats qui ont été non seulement comptabilisés mais également vérifiés. Ce fut d’ailleurs le cas dans la circonscription de Ben Arous où l’Instance a décidé de procéder au recomptage de sept boîtes de bulletins en raison de doutes exprimés par des membres du bureau de scrutin.

Ainsi, les résultats finaux ne sont pas toujours disponibles aujourd’hui. Les membres des médias ont été avisés au cours de la soirée que les résultats préliminaires complets seraient annoncés jeudi en début d’après-midi… s’il n’y a pas d’autres retards bien entendu !

Ceci dit, en fin de la journée mercredi, plus de 70% des suffrages avaient été comptabilisés, soit 159 sièges sur les 217. Le parti islamique Ennahda mène toujours avec 65 élus et sa victoire ne fait plus de doute. Par contre, il est également quasi assuré que le parti sera minoritaire à l’Assemblée constituante car pour obtenir une majorité, il lui faudrait obtenir 44 des 58 sièges restants, un scénario qui de l’avis des experts serait assez invraisemblable.

Enfin, il y a maintenant une égalité au second rang, le CPR et le parti Aridha Chabbia disposant chacun de 22 sièges. Ettakatol suit en quatrième place avec 13 élus.

La principale question pour laquelle nous n’avons pas encore de réponse est donc la suivante : quels partis formeront la coalition majoritaire à l’Assemblée constituante ? Le stade des rumeurs est manifestement dépassé puisque le chef du CPR, Moncef Marzouki, a indiqué aujourd’hui que son parti « est prêt à négocier avec Ennahda. »

Le chef du CPR, Moncef Marzouki.
Il a par ailleurs réitéré que le CPR ne ferait « aucun compromis quant aux libertés individuelles et les acquis de la femme », sans quoi il se retirerait immédiatement d’une telle alliance. Fait plutôt inusité, un des trésoriers du parti a semblé exclure l’idée de former une coalition de centre-gauche, une option qui avait pourtant été envisagée à maintes reprises avant l’élection.

Cette coalition potentielle entre Ennahda et le CPR risque de se buter rapidement à de sérieux obstacles puisque les deux partis sont revenus en fin de journée sur un autre sujet épineux : leur préférence en ce qui a trait au type de système législatif à mettre en place. Le parti islamique tient encore à un régime parlementaire à chambre unique (pour les raisons que j’ai déjà évoquées dans cet article) alors que le CPR mise plutôt sur un système semi-présidentiel.  

Une autre nouvelle d’importance a été diffusée hier à l’effet que le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, a déclaré en entrevue vouloir proposer le secrétaire général de son parti, Hamadi Jebali, au poste de Premier ministre, « puisque cette position devrait légitimement revenir au parti ayant terminé en première place. »

Une manifestation contre le parti Ennahda a eu lieu dans les environs du Palais des congrès à Tunis. Brandissant des affiches dénonçant certaines pratiques électorales du parti islamique, les quelque 200 protestataires n'ont pas non plus hésité à tenir des propos virulents à l'égard de son agenda religieux. Une importante présence policière avait été déployée sur les lieux du rassemblements. Voici quelques photos : 






Le RCD est le nom du parti de l'ancien dictateur Ben Ali.





N.B. : Pour ceux qui désirent suivre les résultats des élections en direct jeudi, je vous invite à consulter cette page et ce tableau du site web Tunisia-live.net.

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