samedi 29 octobre 2011

Qui dirige ? Le chef ou les têtes de liste ?


Mohamed Hechmi Hamdi

Il n’y a plus de doute, le sujet le plus controversé de la première élection en Tunisie tourne incontestablement autour des déboires du parti Al Aridha Chaabia et de son obscur chef Mohamed Hechmi Hamdi.

Voici une brève récapitulation des faits. Dès le lendemain du vote, soit le lundi 24 octobre, les premiers résultats divulgués par l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) faisaient état de quelques gains pour ce parti alors presque inconnu. Initialement, les sièges remportés par Aridha Chaabia se situaient en grande partie dans des régions populaires de la Tunisie.

Au fur et à mesure de l’annonce des résultats par l’ISIE, personne ne pouvait plus nier que la présence du parti se confirmait dans plusieurs autres circonscriptions du pays. À un point tel qu’à la fin du dépouillement, Aridha Chaabia se classait au troisième rang avec un total de 27 sièges, soit seulement trois de moins que le Congrès pour la République (CPR).

Toutefois, cette victoire semblait un peu trop belle pour être vrai. Partout on se demandait : mais comment diable un parti dont personne n’a jamais vraiment entendu parler est-il presque parvenu à terminer au deuxième rang ? Toute une percée tout de même si l’on considère que ce parti était pratiquement ignoré des médias avant les élections !

Très rapidement des voix ont commencé à s’élever pour dénoncer une fraude potentielle. Deux jours seulement après l’élection, alors que le décompte des votes battait toujours son plein, le président de l’ISIE, Kamel Jendoubi, a évoqué la possibilité que certaines listes d’Aridha Chaabia allaient devoir être invalidées.

Puis, lors de l’annonce des résultats finaux jeudi soir dernier, l’ISIE confirmait les soupçons en indiquant que six listes du parti (pour un total de neuf sièges) étaient révoquées. Dans sa première allocution en réaction à l’annonce, Mohamed Hechmi Hamdi a affirmé que toutes les listes du parti allaient se retirer de l’Assemblée constituante pour protester contre la décision et qu’aucune action en justice n’allait être intentée.

Toutefois, cette histoire rocambolesque ne s’est pas arrêtée là puisque aujourd’hui même, les 19 élus qui n’ont pas été disqualifiés ont tenu à faire savoir qu’ils n’allaient pas obéir aux ordres de leur chef et qu’ils désiraient demeurer plutôt à l’Assemblée constituante comme prévu. Pire encore,  les autres candidats qui se sont vus retirer leur siège par l’ISIE ont annoncé qu’ils contesteraient devant la justice la décision qui a été rendue contre eux, soit exactement le contraire de ce qu’avait indiqué M. Hamdi la veille.

Logo officiel du parti Aridha Chaabia.
Enfin, pour ajouter un peu de piquant à ce roman-feuilleton politique qui n’en avait certainement pas besoin, M. Hamdi lui-même s’est rétracté en entrevue quelques heures plus tard en affirmant qu’il revenait sur sa décision et qu’il souhaitait être pardonné pour les propos qu’il avait tenus suite à la décision de l’ISIE. Contre toutes attentes et comme ses têtes de liste l’avaient annoncé avant lui, M. Hamdi soutient dorénavant que les 19 élus de son parti vont rester à l’Assemblée constituante et que des démarches légales seront entreprises afin de faire renverser l’annulation des neuf sièges perdus.

Décidément, le chef n'est pas seulement en conflit avec l'ISIE mais il a également un sérieux problème d'autorité au sein de son propre parti. Et cette saga est loin d'être terminée puisque les recours judiciaires des neufs candidats déchus devraient débuter incessament. Mon flair hors du commun me dit que nous n'avons pas encore assisté au dernier rebondissement de ce dossier...

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