dimanche 9 octobre 2011

Magouilles du parti Ennahda et Top 4 (1ère partie)


Logo de Ennahda
Il est vrai que le mode de scrutin choisi par l'ISIE (Instance supérieure indépendante pour les élections) en vue des élections du 23 octobre, le système proportionnel avec meilleur reste, favorise les petits partis et les listes indépendantes. Je reviendrai avec des explications sur le mode de scrutin dans un prochain billet mais pour l'instant, examinons les partis et les chefs qui trônent au sommet des plus récents sondages d'opinions publiques. Je vous signale que mon intention n'est pas d'offrir davantage de publicité aux grands partis qui en reçoivent déjà bien plus que les petits et les candidats indépendants. Il s'agit plutôt de présenter sommairement ceux qui risquent de se retrouver à l'avant-plan de la première Assemblée élue de la Tunisie au lendemain du 23 octobre.

1-Ennhada : Principal parti islamiste en lice, Ennhada a été créé au début des années 80 et a toujours été réprimé durement autant sous les régimes de Habib Bourguiba que de Ben Ali. Aujourd'hui, le parti jouit d'un grand support notamment dans les régions du sud du pays et loge en tête des intentions de vote en promettant publiquement de respecter les acquis des femmes ainsi que des valeurs de démocratie, libertés (notamment religieuses), justice et bonne gouvernance. C'est du moins ce qui est ressorti de la présentation officielle de leur programme le 14 septembre dernier.

Toutefois, le parti est soupçonné de tenir un double discours en raison des références constantes faites à la religion et aux réponses vagues formulées par les candidats lorsqu'ils sont appelés à préciser leurs positions. Bref, Ennahda profite du fait que sa base électorale est composée en bonne partie de gens extrémistes et/ou peu éduqués qui voteront pour eux tant que le parti réitérera son appartenance aux principes religieux. Cependant, les dirigeants du parti sont suffisamment intelligents pour savoir qu'ils doivent également tenter de paraître plus ouvert d'esprit afin d'aller chercher des appuis du côté de l'électorat plus modéré qui est moins chaud à l'idée de mêler politique et religion. Par exemple, les réunions du parti débutent généralement avec la lecture d'un verset du Coran accompagnée de chants religieux en guise de musique de fond. Au lieu de mentionner la « charia » et la « loi islamique » lorsqu'ils y font référence, les candidats de Ennahda préfèrent utiliser les termes « identité arabo-musulmane ». Et nombreux sont ceux qui doutent de la réelle volonté du parti de ne pas toucher aux acquis des femmes en Tunisie vu le manque de précisions qui est observé à cet effet autant dans leur programme politique que dans les allocutions publiques de leurs représentants.

Le parti est également accusé par plusieurs tunisiens de manigances, d'insistance exagérée et de fraudes électorales. Je vais vous partager quelques exemples qui m'ont été racontés par deux activistes travaillant pour des ONG qui veillent à la supervision des lois électorales. Ces personnes n'ont pas de partie pris politique et se montrent ouverts aux idées des partis islamistes tels qu'Ennahda. Dans le cadre de leur travail, les activistes se font rapporter par des citoyens certaines façons de faire des partis politiques qui sont parfois illégales. Les deux activistes ont requis l'anonymat par peur de représailles. Cela en dit long sur l'ouverture d'esprit de certains partis face à la critique! Les mêmes qui dénonçaient la censure et le manque de libertés sous l'ancien régime du RCD...

Ainsi, les volontaires du parti abordent assez fréquemment des gens dans la rue en leur demandant pour qui ils voteront et en profitent pour présenter leur programme. Jusque là, rien d'anormal, une conversation politique comme il s'en fait dans toutes les démocraties du monde. Par contre, si le citoyen interpellé a le malheur de répondre qu'il compte exercer son vote pour un autre parti qu'Ennahda, alors là c'est différent. La personne risque de se faire questionner à répétition sur son choix, comme s'il était anormal. Des citoyens ont indiqué s'être fait littéralement talonner pendant plusieurs minutes par les gens d'Ennahda.

Autres exemples : des membres du parti « viennent en aide » à des citoyens démunis en leur organisant gratuitement des mariages collectifs, en payant pour les circoncisions des enfants et en donnant des « cours particuliers », évidemment sans frais. À ces occasions, les gens d'Ennahda vont demander aux personnes, en échange de l'appui financier, qu'ils signent une feuille (préparée par le parti) indiquant qu'ils voteront pour eux. Oui, vous avez bien lu! Des faveurs contre des votes. Et parfois, le tout est encore plus flagrant puisque le parti offre directement une petite somme d'argent aux électeurs. Certaines personnes ont affirmé qu'elles ont accepté l'argent d'Ennahda et signé la feuille, mais qu'elles ne voteront pas pour eux malgré tout. Il y a cela de positif au moins; peu importe ce que les partis pourront bien faire pour tenter de convaincre les lecteurs de pencher en leur faveur, le vote lui-même est fait d'une façon complètement privée dans l'urne et à l'abri de tous les regards.

Le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi
J'ai bien tenté hier d'entrer en contact avec les gens d'Ennahda afin de recueillir leurs versions des faits, mais ce ne fut pas possible. La réponse officielle qui m'a été communiqué par le parti : il est interdit par la loi d'accorder une entrevue ou de répondre aux questions de bloggers (ou toute forme de reporters) étrangers. Argument plutôt surprenant venant d'un parti qui n'hésite pas à intervenir fréquemment sur Al Jazeera et Al Hiwar, pour ne nommer que ceux-là. Ces chaînes doivent sans doute toutes provenir de la Tunisie...

Le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi, a vécu en exil à Londres au cours des 20 dernières années après avoir été emprisonné pendant presque 10 ans en Tunisie. Militant religieux depuis la fin des années 60, il est celui qui a fondé le parti en 1981 et il bénéficie toujours aujourd'hui d'une certaine notoriété auprès de l'électorat. Cependant, il a récemment été rappelé à l'ordre par l'ISIE pour une infraction à la loi électorale.
Logo du PDP

2-Parti démocrate progressiste (PDP) : Fondé au milieu des années 80, le PDP concentre son attention sur les questions d'ordre économique et sur le problème de chômage en Tunisie. Se décrivant comme un parti « centriste » et « social », le PDP propose entre autres d'augmenter le salaire minimum de 20 dinars par mois et d'investir massivement dans l'économie en plus de diminuer les barrières freinant les investissements étrangers.

Ahmed Néjib Chebbi

Bien que le parti se déclare confiant à l'aube du vote de l'Assemblée Constituante et affirme être en mesure de dépasser Ennahda, des révélations qui ont été étalées au grand jour le 6 octobre dernier ont mené à la démission de plusieurs candidats et membres.

En outre, le chef, Ahmed Néjib Chebbi, est une figure d'opposition connue du public qui a milité longtemps dans des mouvements de gauche. En 2009, alors qu'il songeait à se présenter à « l'élection présidentielle » contre l'ex dictateur Ben Ali, Chebbi a changé son fusil d'épaule et a renoncé à poser sa candidature. Il a plutôt invité les citoyens à boycotter l'élection comme il l'avait fait en 2004 pour dénoncer le manque de transparence dans le processus électorale.

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