jeudi 20 octobre 2011

Mabrouka M’barek, candidate dans deux continents


Mabrouka M'barek, candidate du CPR dans la 
circonscription "des Amériques et du reste de l'Europe"

Mener une campagne électorale n’est jamais facile. C’est encore plus vrai lorsque le candidat se présente dans une circonscription qui regroupe plus de 20 pays répartis sur deux continents.

Cette réalité est celle de plusieurs Tunisiens qui sont candidats dans les circonscriptions de la diaspora. En effet, l’élection du 23 octobre ne permettra pas uniquement d’élire des députés habitant en Tunisie mais il y aura aussi des élus qui proviendront de six circonscriptions situées à l’extérieur du pays.

Ces comtés électoraux se trouvent en Amérique, en Europe ainsi qu’au Moyen-Orient, soit dans tous les endroits où il y a des Tunisiens en nombre suffisant (rappelons que le nombre moyen d’électeurs par circonscription doit être environ de 60 000).

Dans le cas de Mabrouka M’barek, candidate du Congrès pour le République (CPR), elle se présente dans le comté des « Amériques et du reste de l’Europe » qui englobe le Canada, les États-Unis ainsi que tous les pays d’Europe en lice sauf la France, l’Allemagne et l’Italie. Pour représenter cette circonscription, deux députés seront élus pour un total de 19 listes qui se font concurrence.

Originaire de Bir Ali Ben Khalifa, ville du gouvernorat de Sfax, Madame M’barek est née à Strasbourg et y a également fait ses études universitaires en droit et en gestion. Vivant aujourd’hui dans l’état du Vermont, elle décidé de quitter le monde des affaires pour se concentrer sur le milieu associatif après avoir vécu une expérience très stimulante dans un programme d’éducation destiné aux femmes au Moyen-Orient. Cette réorientation de carrière l’a amenée à se spécialiser dans la gestion de missions humanitaires.

Aujourd’hui tête de liste pour le CPR, son adhésion au parti s’est fait d’une façon plutôt inhabituelle. Alors qu’elle était de passage à Montréal fin janvier 2011 pour y célébrer le départ de Ben Ali, elle assiste quelques semaines plus tard à un débat politique portant sur la Tunisie. L’événement en valait la peine… une telle activité n’ayant jamais été imaginable pendant les années de dictature.

Le panel était composé de Mustapha Ben Jaafar, l’actuel chef du parti Ettakatol – qui occupe la deuxième position dans les sondages – de même que des représentants des partis Ennahda, CPR et Démocrate progressiste (PDP).

Pendant la période de questions, Mme M’barek prend le micro et demande aux panélistes si des femmes sont impliquées dans leur parti respectif et, que si tel n’est pas le cas, quelle est leur stratégie pour en recruter. Après une ou deux réponses diplomatiques (lire langue de bois en jargon québécois), le candidat du CPR, celui qui avait le plus impressionné Madame M’barek, lui répond du tac au tac : « Nous n’en avons pas suffisamment, mais je vous offre tout de suite de vous joindre à nous, vous avez l’air d’avoir ce qu’il faut ». Tout d’abord étonnée, la jeune Tunisienne décide d’aller poursuivre la discussion avec lui à la fin du débat et c’est ainsi que peu de temps après l’affaire fut conclue.

Depuis, Mabrouka M’barek représente le CPR et défend corps et âme les idées du parti chaque fois qu’elle en a l’occasion. Pourquoi a-t-elle décidé de se lancer en politique dans les rangs du CPR ? « Essentiellement, parce que notre parti cherche à engager les citoyens au maximum, ne fais pas de jeux de coulisses et n’a jamais accepté de négocier avec la dictature. Le 13 janvier 2011, alors que certains partis étaient prêt à collaborer avec Ben Ali pour former un gouvernement de coalition, le CPR n’a pas fléchi, invitant plutôt les citoyens à maintenir la ligne dure à l’égard du dictateur » raconte la principale intéressée.

Quant à l’implication du citoyen dans la vie politique du pays, Mme M’barek y tient mordicus. « Il faut instaurer une démocratie participative et insérer une clause dans la Constitution forçant le gouvernement à rendre des comptes à la population. C’est le meilleur moyen de redonner confiance aux gens envers ceux qui dirigent le pays » explique-t-elle. Concrètement, le parti propose de diffuser sur une chaîne télévisée publique les séances et les débats du Parlement, « d’engager » les citoyens dans le processus de rédaction de la Constitution et surtout, de ne pas leur faire de cachotteries.

Enfin, pour mener sa campagne, inutile de dire qu’elle avait à ratisser très large ; bien entendu Facebook et Twitter lui ont été d’une aide inestimable pour faire la promotion du parti et échanger avec les électeurs. Pour les entrevues et les débats à distance, elle a utilisé Skype… bienvenue dans la politique 2.0.

Sur le délicat sujet des relations avec les Islamistes, elle dit ne pas les considérer  comme des ennemis. « Il faut composer avec les gens d’Ennahda, s’asseoir à la même table qu’eux. Les rejeter ou les ignorer serait bien pire ». Elle reste discrète par contre en ce qui concerne les prévisions électorales. Faisant référence aux rumeurs de coalitions post-élections qui alimentent les médias par les temps qui courent, Madame M’barek préfère attendre de voir les résultats du vote de dimanche avant de spéculer.

Alors qu’il reste encore une journée à la campagne électorale en Tunisie, celle de la diaspora s’est terminée jeudi dernier. Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes aujourd’hui et le scrutin se poursuivra jusqu’au samedi 22 octobre. C’est donc silence radio pour les candidats de la diaspora en attendant que les boîtes soient vidées et les bulletins comptés.

Reste à voir maintenant comment se comporteront les élus de la diaspora et quel sera leur véritable impact sur les électeurs qu’ils représentent de même que l’apport qu’ils auront sur la politique intérieure de la Tunisie. Rappelons que plusieurs pays étrangers n’étaient pas d’accord avec l’idée des circonscriptions extraterritoriales. Il sera donc fort intéressant de surveiller quels genres de relations ils entretiendront avec eux.

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