mercredi 26 octobre 2011

La charia en Libye, la modération en Tunisie


Les deux pays sont voisins... à la fois si près et si différents. Les distinctions entre ces deux pays de l’Afrique du Nord sont en effet remarquables que ce soit au niveau des allégeances politiques de leur chef d’état, du fonctionnement de leurs institutions publiques ou encore par la façon dont ils ont mené leur révolution.

D’un côté, la Tunisie, exemple de modération dans le monde arabe. La population y est relativement bien éduquée grâce à un système gratuit et obligatoire. Le système de santé (classé au 52ème rang mondial par l’OMS), universel et gratuit également, offre des soins de qualité. Un pourcentage élevé de la population pratique la religion, mais plusieurs citoyens ne suivent pas les préceptes du Coran, c’est-à-dire qu’ils ne prient pas, ne jeûnent pas durant le Ramadan, boivent de l’alcool et ne respectent pas les autres mœurs particulières reliées à la pratique de la religion.

Par opposition, la Libye accuse un sérieux retard sur son voisin dans les domaines de la santé et de l’éducation. Les déficiences du système de soins (classé au 87ème rang mondial par l’OMS*) forcent, d’une certaine façon, des citoyens malades à devoir s’endetter lourdement pour aller se faire traiter à l’extérieur du pays. Cet article n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, mais il décrit bien la situation déplorable qui a sévi sous l’ère de Kadhafi.

Au niveau de l’éducation, ce n’est guère plus reluisant… quoi que la récente proposition d’unifier les manuels scolaires des deux pays sera en ce sens une fort bonne chose pour les jeunes Libyens.

En ce qui a trait à la place tenue par la religion dans la vie de la population, les deux pays se distinguent également l’un de l’autre. La plus récente annonce du chef du Conseil national de transition (CNT) libyen, Moustapha Abdeljalil, à l’effet que la charia (loi islamique) serait dorénavant « la loi essentielle du pays et que toute loi qui violerait la charia sera légalement nulle et non avenue », en est un exemple.

Cette déclaration de M. Abdeljalil n’a étonné personne étant donné qu’il en avait déjà fait mention au mois d’août dernier. Toutefois, on peut s’interroger sur la légitimité de cette décision car, faut-il le rappeler, le CNT n’est pas élu par le peuple libyen. À cet égard, mentionnons que le pouvoir de transition tunisien n’aurait probablement jamais pu prendre une telle décision sans craindre les foudres de la rue.

Moustapha Abdeljalil, chef du CNT.
Pour sa part, Ennahda, le principal parti politique islamique de Tunisie, affirme ne pas avoir l’intention d’imposer la charia comme source de législation principale. Le parti dit plutôt vouloir s’inspirer de la loi religieuse mais sans l’appliquer formellement et sans restreindre les libertés individuelles.

Maintenant, doit-on s’inquiéter outre mesure de cette prise de position du nouveau pouvoir libyen? L’islamologue Mathieu Guidère est d’avis que non, du moins à court terme. Ce dernier rappelle avec justesse que les Islamistes en Libye ne représentent qu’environ 20 à 30% de la population et que cela devrait transparaître lors des premières élections qui devraient dans un an.

M. Guidère souligne également que contrairement à la Tunisie – où ce sont davantage des citoyens provenant de tous les horizons qui ont mené la révolution – en Libye, la majorité des rebelles qui ont participé aux combats souvent au sacrifice de leur vie était de confession islamique.

Concrètement, quels seront les effets de cette décision ? « Le vente d’alcool sera probablement régit d’une manière plus stricte, les banques islamiques (interdiction de percevoir des intérêts et d’intégrer de la spéculation dans les transactions financières) pourront dorénavant avoir pignon sur rue et la polygamie devrait être autorisée (comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays musulmans et ceux du Golfe) » affirme M. Guidère.

« Il ne faut toutefois pas s’attendre à davantage de restrictions au niveau des libertés individuelles ou à une résurgence de la violence » selon l’islamologue français. Ce dernier conclut en affirmant que « la Libye prend le chemin d’une démocratie musulmane » et que « d’exclure complètement les Islamistes du pouvoir représenterait un plus grand risque de radicalisation. »


*Source : Statistiques de l’Organisation Mondiale pour la santé. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire