samedi 15 octobre 2011

Il faut que ça cesse!

Cela fait maintenant huit jours que la chaîne de télévision Nessma TV a diffusé le film franco-iranien Persépolis qui critique l'Islam et contient une scène où Dieu est dépeint sous une forme humaine, ce qui est contraire aux règles de la religion musulmane.

Comme je le rapportais dans deux articles précédents (liens ici et ici), il y a eu jusqu'à maintenant plusieurs manifestations dans le pays pour dénoncer la présentation du film par Nessma TV. Et ce n'est pas terminé puisque des protestataires ont envahi hier la place de la Kasbah après la traditionelle prière du vendredi. Des sources ont rapporté que le sermon livré par un des imams aurait contribué à enflammer les manifestants.

Pendant ce temps, d'autres personnes sont allés jusqu'à attaquer la résidence du directeur de la station de télévision, Nabil Karoui, qui heureusement, ne se trouvait pas chez lui au moment de l'incident. Plus détails dans cet article du Courrier International.

« L'affaire Nessma TV » semble malheureusement avoir remis la religion à l'avant-plan de la campagne électorale au détriment des autres enjeux. Il ne fait pas de doute que le débat autour de la religion est un sujet très sensible en Tunisie, comme partout ailleurs dans le monde arabe.

La question de savoir s'il faut inclure ou non l'Islam comme religion officielle du pays dans l'article 1 de la nouvelle Constition suscite énormément de discussions parmi les Tunisiens. Par ailleurs, la majorité des partis politiques sont d'accord à ce que cette disposition y apparaisse en autant qu'elle soit accompagnée d'une autre garantissant la liberté de religion à tous les citoyens. Rien d'anormal ou d'extrémiste sur ce point, de nombreux pays démocratiques utilisent la même formule (ex : Canada et États-Unis) sans aucun problème.

Bien que ce sujet revête une très grande importance, espérons qu'il ne retienne pas toute l'attention médiatique au détriment des autres sphères de responsabilités qui incombent à l'État comme la santé, l'éducation, la culture, l'économie, le chômage, etc. et qui devraient être discutées sur la place publique avant une élection qui désignera ceux et celles qui vont représenter les Tunisiens. Selon le professeur Tariq Ramadan, intellectuel et philosophe musulman controversé, il existe un sérieux risque de polariser le débat. « Ce piège de la polarisation, il marche. Si on écoute les débats qui ont lieu aujourd'hui en Tunisie, cela fait peur parce que nous sommes vraiment dans une polarisation idéologique qui, à terme, peut paralyser et être contre-productive. C'est soit on est laïque, soit on est islamiste. On n'arrive pas à se mettre d'accord, mais ce n'est pas ça la question fondamentale. Ce qu'il faut se poser c'est comment on libère le pays, comment on éduque le peuple, comment on s'occupe de la pauvreté. Ce sont ça les véritables questions ». Voici l'intégral de la vidéo :




Il ne reste que peu de temps avant le jour du vote. Moins d'une semaine si on considère que les partis doivent cesser de faire campagne le 21 octobre à minuit. D'ici là, souhaitons que les manifestations concernant l'affaire Persépolis cessent et que des sujets périphériques tels que l'affaire Nessma TV ou la place de la religion dans l'État ne viennent pas saboter les véritables enjeux qui devraient se trouver au cœur du débat public et de l'élection d'un gouvernement.

L'élection de l'Assemblée constituante fait suite à une Révolution aussi courageuse qu'historique qui a été menée principalement au nom des libertés individuelles, démocratiques et économiques (ex : diminuer le chômage, éliminer la corruption, etc.). Les manifestations ont su regrouper les islamistes et les laïques autour de ces enjeux. Il serait donc dommage que les sujets pour lesquels il n'y avait pas de dissension au sein de la population et des partis politiques au moment du Printemps arabe servent aujourd'hui de prétexte pour les diviser.

AJOUT : Ennahda a tenu à se dissocier à nouveau des plus récentes manifestations.

2 commentaires:

  1. Salut Raf! Je suis abonnée au fil d'actualité de l'association Human Rights Watch et j'ai lu un article sur ce sujet il y a quelques jours... Je t'envoie le lien si tu es intéressé...
    (http://www.hrw.org/fr/news/2011/10/13/tunisie-les-autorit-s-devraient-abandonner-l-enqu-te-criminelle-visant-une-cha-ne-de)

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  2. C'est très pertinent, merci du lien Laurence. Bon texte.

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