mercredi 19 octobre 2011

Ces jeunes qui ont changé le monde




La Révolte du Printemps arabe, qui a gagné plusieurs autres pays, a été initiée, faut-il le rappeler, par les Tunisiens en décembre 2010. C’est également la Tunisie qui sera le premier de ces pays à tenir une élection démocratique dimanche le 23 octobre prochain.

Ce soulèvement populaire est certes l’œuvre de tout un peuple, mais les véritables précurseurs des manifestations, ceux qui ont engendré ce mouvement de masse – certains même le payant de leur vie – ce sont les jeunes.

Plusieurs se sont fait connaître à l’intérieur et hors des frontières du pays en alimentant un blogue personnel et en utilisant les réseaux sociaux. De fil en aiguille, à force de dénoncer et de rapporter jour après jour les actes de censure de même que la corruption qui régnait au sein de l’ancien régime, la grogne est devenue frustration. Excédée d’être maintenue dans un carcan par un despote et sa belle-famille, il n’est pas étonnant qu’un ras-le-bol général se soit emparé de la jeunesse tunisienne.

Yassine Ayari
Rencontré dans un café du quartier Les Berges du Lac à Tunis, Yassine Ayari, un des blogueurs les plus en vue de la Révolution, parle de l’état d’esprit des Tunisiens pendant les mois et les dernières années qui ont précédé la fin de la dictature. « Les gens en avaient tout simplement assez. On se sentait espionné par la police. Nous étions censurés constamment sur le web et on ne pouvait pas parler de politique ni encore moins critiquer le gouvernement ».

En plus de son implication par le biais d'Internet, Yassine a apporté une contribution particulière à la Révolution. C’était en mai 2010, quelques mois avant que les manifestations commencent à voir le jour sur une base quotidienne. Accompagné de son allié de l’époque, Slim Amamou, il avait organisé, à visage découvert et au vu et su du gouvernement, une activité qui a été fort remarquée dans les cafés de l’avenue Bourguiba. Pendant une journée complète, la très grande majorité des clients ont porté un chandail blanc en signe de protestation contre la censure du régime. Ce geste peut sembler anodin à première vue, mais dans le climat politique de l’époque, le message lancé était vraiment significatif puisque c’était des citoyens ordinaires qui laissaient voir leur amertume et non pas des organisations ou encore des syndicats.

De l’avis de plusieurs jeunes, la Révolution ne s’est pas faite uniquement sur le web ou dans la rue. Quelques années avant la chute de Ben Ali, on sentait déjà que le gouvernement s’affaiblissait et qu’il avait de plus en plus de difficultés à faire taire les critiques. Par exemple, lors de matchs de football (soccer), les partisans osaient fréquemment scander des chants anti-régime.

Fakhri Louati
Le président déchu avait même été copieusement hué lors d’une cérémonie d’avant-match alors qu’il s’était déplacé pour remettre un trophée d’honneur individuel à un joueur vedette. « C’était une des premières fois où on pouvait exprimer notre mécontentement à l’égard du président sans crainte de représailles. On était si nombreux dans le stade, la police ne pouvait tout de même pas arrêter 40 000 personnes » explique Fakhri Louati, étudiant en comptabilité à l’Institut des hautes études commerciales de Carthage (IHEC) et fan de foot invétéré.

Une des principales stratégies de la dictature consistait à mettre beaucoup d’emphase sur le sport afin de détourner l’attention de la politique. « Les principales nouvelles diffusées dans les journaux et à la télévision et le sujet de prédilection de la majorité des gens dans les cafés, c’était le foot. C’était un vœu pieux du gouvernement mais après un certain temps, cette tactique s’est retournée contre lui puisque c’était justement aux matchs de foot que les gens pouvaient critiquer le dictateur ! » renchérit M. Louati, qui occupe également un poste de direction dans une importante association étudiante et qui a participé à de nombreux sit-in et manifestations durant les dernières semaines du régime.

Ces deux cas ne sont que l’illustration de milliers d’autres anecdotes semblables vécues par des personnes qui ont été impliqués de près ou de loin dans les actes de contestations anti-gouvernementaux. Cette Révolte du printemps arabe, si elle permet aujourd’hui de modifier les structures de nombreuses dictatures, est reliée directement à cette soif de changement et à la volonté de démocratie qui a animé des centaines de milliers de citoyens tunisiens, et en tout premier lieu les jeunes.

Si ces révolutions et transitions démocratiques amorcées se déroulent convenablement et se terminent en tenant compte des revendications légitimes du peuple, les citoyens de tous les pays arabes concernés – Égyptiens, Libyens, Syriens, Yéménites, Bahreïniens, pour ne nommer que ceux-là – devront une fière chandelle aux jeunes Tunisiens. Car ce sont eux qui ont allumé l’étincelle et qui, contre vents et marées, ont changé le monde à tout jamais.

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