vendredi 21 octobre 2011

Afek Tounes, ces décentralisateurs



Pas facile de s’y retrouver en Tunisie avec tous ces partis en lice (plus de 110) sur la feuille électorale. Parmi ceux-ci, il n’y en a que 5 ou 6 qui arrivent à se détacher du peloton. Presque tous ces partis réussissent à bénéficier d’une longueur d’avance dans les sondages entre autres parce qu’ils existent depuis plusieurs années et sont donc plus connus du public.

Certes, avec la dictature qui était en place jusqu’en janvier dernier, ce serait un euphémisme que d’affirmer qu’ils étaient véritablement actifs dans le pays et qu’ils participaient à la vie publique. En fait, les formations politiques pouvaient aller aussi loin que Ben Ali le permettait et si elles n’étaient pas tout simplement bannis, elles n’avaient que très peu de libertés.

Par contre, de ce lot, il y a un parti qui n’a même pas encore 10 mois d’existence derrière la cravate : Afek Tounes (AT). Se réclamant de centre-droit, le parti a été créé au mois de février 2011 et a réussi à accomplir beaucoup en peu de temps. Ainsi, AT peut compter sur un nombre considérable de bénévoles, une aile jeunesse et des coordonnateurs qui connaissent bien les rouages de la politique. La rumeur lui accorde également un pourcentage d’appui relativement substantiel.

Disons que les plus optimistes prévoient qu’ils récolteront entre 5 et 10% des voix, mais ce n’est qu’une hypothèse puisque les sondages sont interdits depuis le 1er octobre. Chose certaine, de très nombreux observateurs considèrent que Afek Tounes est en bonne position pour remporter quelques sièges. En outre, lorsqu’on demande autour de nous de nommer les plus gros partis en Tunisie, le nom d’AT est très souvent mentionné.

J’évoquais plus haut la qualité des bénévoles et des coordonnateurs de l’équipe d’Afek Tounes. Il suffit de les suivre sur le terrain pendant une seule journée pour le constater. J’y étais le dimanche 16 octobre dernier alors que se déroulait une activité de campagne dans un quartier populaire de la circonscription de Sfax 2.

Yassine Brahim, chef d'Afek Tounes
Avec moi se trouvait un coordonnateur du parti, Wajdi Elleuch. Âgé de 34 ans, il est détenteur d’un PhD en ingénierie à l’Université de Sherbrooke (Québec) et enseigne actuellement à l’Université de Sfax. Le programme du parti, il le connaît par cœur et peut en justifier les moindres détails. Fier de son engagement, M. Elleuch croit fermement dans la force de l'équipe qui compose son parti de même qu’en les qualités de son chef, Yassine Brahim, un homme d'affaires de 45 ans qui a été ministre du gouvernement transitoire ayant succédé à Ben Ali. « C’est un homme intelligent qui a beaucoup de charisme; un jeune Barack Obama » déclare-t-il sans détour.

La stratégie du programme d’Afek Tounes est axée sur la décentralisation. Cette décentralisation est appliquée tout d’abord dans la gestion du parti et dans les propositions qui sont mises de l’avant. Chokri Yaich, candidat vedette du parti et tête de liste à Sfax 2, insiste sur ce point : « Nous proposons de subdiviser le pays en huit régions administratives, dont sept seraient situées à l’intérieur de nos frontières et une autre à l’étranger pour la diaspora. Chacune des régions disposerait de véritables pouvoirs et d’un budget qui lui serait attribué pour développer des projets locaux. » Selon le candidat, les grands projets et les investissements les plus importants « ont été injustement concentrés pendant beaucoup trop longtemps dans les villes côtières et dans celles situées au nord du pays. »

Chokri Yaich prononçant un discours devant le stand du parti.
Improvisant un discours devant le stand d’Afek Tounes placé au coeur d’un carrefour défavorisé, M. Yaich n’hésite pas à mettre l’accent sur ce point alors qu’il s’adresse aux passants ainsi qu’aux clients assis dans les cafés environnants. « Il faut doter les régions de la Tunisie de vrais pouvoirs sociaux et économiques. On ne va pas attendre après le bon vouloir du Ministre des Transports ou du Développement économique pour construire une école ou une route lorsqu’on en a besoin » explique le candidat tête de liste sur lequel le parti fonde beaucoup d’espoir à Sfax 2.

Au point de vue de la gouvernance, les huit régions que veulent créer Afek Tounes seraient dirigées par des Conseils élus ainsi qu’un gouverneur. « L’État fédéral » conserverait la gestion des projets d’envergure nationale tels que les grands ponts et les aéroports, alors que les régions hériteraient de la majorité des autres compétences.

Quant à la composition du pouvoir législatif, le parti prône un système à l’américaine dont un des principaux objectifs avoués est d’assurer un poids important pour les régions. Pour ce faire, AT propose d’instaurer un système semi-présidentiel à deux chambres où le président doit être élu au suffrage universel. Une des deux chambres comprendrait un nombre équivalent de sièges par région et l’autre serait composée d’un nombre de représentants déterminé par le poids démographique de chaque région du pays.

Pour le système de justice, la moitié des juges seraient nommés par le pouvoir législatif alors que l’autre 50% serait choisi par un comité de la magistrature. Enfin, pour assurer une plus grande transparence aux citoyens, tous les procès seraient télévisés.

Chokri Yaich, tête de liste d'Afek 
Tounes dans Sfax 2.
Toutes ces idées, le parti promet de les mettre en place dès le début de son mandat et ce, en conciliant les intérêts des secteurs public et privé. Sur ce sujet, M. Yaich affiche beaucoup d’assurance lorsqu’il décrit les engagements d’Afek Tounes et se dit convaincu qu’ils plairont aux électeurs. Force est d’admettre cependant que certaines promesses du parti semblent plus difficilement réalisables quoiqu’en disent les principaux intéressés. Par exemple, leur plan économique prévoit être en mesure d’atteindre un taux de croissance annuel de 10% après cinq ans, de réduire le chômage de 22,5% à 4,5% au cours de la même période et de créer 170 000 emplois par année. Des objectifs qui sont pour le moins très ambitieux.

Enfin, AT, comme tous les autres partis progressistes, se dit ouvert à négocier éventuellement les possibilités de former une coalition à l’Assemblée constituante. Le parti ne veut toutefois pas se mouiller davantage sur ce sujet. À l’opposé, M. Yaich n’hésite pas à communiquer les souhaits d’Afek Tounes concernant le vote de dimanche. « Nous sommes confiants d’obtenir autour de 10% des suffrages, ce qui nous permettrait de rafler un minimum de 10 à 15 sièges. À notre avis, ces prévisions sont très réalistes » conclut le candidat.

Tenant une grande partie de ses racines à Sfax, Afek Tounes comptera beaucoup sur cette circonscription pour mettre la main sur quelques sièges. Chose certaine, une percée qui atteindrait leur objectif de 10 à 15 élus représenterait un début très noble pour une formation politique si jeune. Nous aurons la réponse dans moins de 48 heures.

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